C'était un petit jardin

À lire en écoutant « Le petit jardin », chanson de Jacques Dutronc
Au printemps ou à l’aube de l’été, juste avant que l’atelier ne nous soit plus accessible pour
cause d’échappée belle, une fenêtre s’entrouvre à laisser le passage aux félins en place.
Le souffle s’ébroue des infimes gouttelettes du jet d’eau tombées des quelques palmes verdoyantes
en pots ou aux racines trempées, penchées sur la surface de verre argentée venant déposer au rythme
dessiné de nos pinceaux et crayons des ondes concentriques. Ce murmure délicat suffit à me
distraire attirant ma rêverie au-delà de la toile où le portrait déchire l’image de mes idées,
inspirations, hésitations, joutes de sens et d’émotions, expressions juxtaposées de plusieurs
apparitions décalées. Éclot alors sur la matière de la trame, l’inconscient qui se révèle libre
dans son unicité et sa sublime imperfection.
Au même instant, ce minuscule carré miroitant d’infini saisit un nuage ou capture le vol fugace
d’un héron tout haut, zieutant les petites tâches rouges, jaunes ou orangées de la blanchaille qui
ondule en dansant à la surface de cette éternité géométrique. Nourrains, alvins, fretins frétillent
autour d’un nénuphar nain posé au centre exact de la composition de ce petit bassin, écrin discret
sculpté dans le minéral. L’air embaume la pierre chaude et la terre des pots et des plants, et
l’humus des quelques arbres élancés en veilleurs de ce théâtre de poche. Le temps de l’autre côté
de la vitre ne s’écoule pas du même instant. Il se contemple, privilège quand tous sont partis et
qu’il m’est parfois accordé de me déposer sur une des chaises de métal pliée.
Silence encoconné dans l’orbe limpide de cette miniature liquide aux abords échevelés, bien droits,
disciplinés de branchages ou moins sages de folie de pétales empourprés. J’en ai remportés des
moments suspendus, des boutures à créer des paradis de souvenirs enfouis, des partages de badaudes
échouées et de flâneuses inspirées d’existentiel.
Il y a peu, nous nous étions attardées sur son Camellia. J’avais longtemps lutté avec cette fleur
sans pouvoir vraiment l’approcher comme avec mes pensées ce jour là. De ses feuilles coriaces,
ovales d’un vert foncé brillant toute l’année, qu’il m’avait été difficile de l’apprivoiser! Autant
que ma grand-mère maternelle qui portait le même nom. Tant de distance nous liait. Il nous manquait
déjà des racines.
Éthérées pour moi dans mon jeune âge déjà trop heurtée à tout va, pas bien arrivée, insécurisée et
violentée. Elle déracinée par son histoire que je ne connaitrai pas. Toutes ses rondeurs coincées
dans son fauteuil en cuir craquelé à s’enfuir dans les mailles de laine tricotées des chaussettes
qu’elle excellait d’art à réaliser. Qu’elle ne perde le fil, que ses jambes gonflées de lymphe
paresseuse avaient déjà quitté depuis long. Il y avait trop de froidure et de vide, d’isolement et
de désolation pour que j’y trouve assez de poésie pour grandir et elle d’amour pour rester.
Les quelques branches taillées par mon amie artiste peintre et professeure, geek à ses heures et
créatrice d’environnement de nature harmonieuse selon l’espace que la vie lui dispose avaient été
enroulées d’une feuille de papier froissé et ramenées. Chaque geste accompli dans la normalité de
son quotidien était l’atout maître, parfois
expédié, ingénieux voire évacué afin de composer la partition ordonnée libératrice d’espace à
créer, prétexte à braver les habitudes dépassées, tout poids-frein au pas suivant à poser. Ne pas
lutter contre nos faiblesses, les observer à dessein qu’elles ne nous terrassent, en apprenant à
les utiliser et les mettre au travail pour nous, dans la direction que nous avions choisie. Cette
alchimie spirituelle aussi nous rassemblait. On avançait, on chutait quelques fois pour s’amender;
on se soutenait au mieux de nos possibilités.
Au détour de l’instant, mes assauts à me dépatouiller dans le but de donner vie aux bouturages
avaient avortés… Aujourd’hui, au hasard du petit marché d’à côté, un Camillia japonica entre le
rouge et le fuchsia m’a sauté dans les bras! Avec la joie d’un enfant, je venais de le planter et
enfin l’écouter.
Autant sa place au jardin m’avait été indiquée, feinte d’être mon idée. Il veillerait au sacré, à
mon plexus ensoleillé, mon coeur et ma couronne; prédisposé à m’aider à attirer plus d’amour
authentique dans ma vie. Celui qui nourrit mes aspirations à commencer par me rappeler qui je suis,
à mieux me connaitre ainsi que mes désirs profonds sur le thème, un peu flouttés à force de
s’adapter. Il oeuvre par sa nature tel l’aimant idéal à réunir les êtres mus par la même passion du
vrai à évoluer et servir en joie vers un niveau plus élevé – Libérer le coeur des émotions lourdes
non transformées et le passé révolu – Fondre les illusoires épontes vers d’autres réalités que nous
soyons aptes à aimer dans notre vérité, éblouis de cette simplicité.
Quelle bénédiction sont les éléments et les règnes sous notre nez!
Ecrit le 14 octobre 2026
Chanson de Jacques Dutronc : C’était un petit jardin qui sentait bon le bassin urbain et
métropolitain…
Ma gratitude à Gil ‘être Elle – Atelier Gil https://www.dessiner.be
ET Nathalie Ambre de m’avoir fait découvrir ce livre: « La
thérapie par les fleurs » Doreen Virtue et Robert Reeves
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